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  • Romie2000

MEET ANNE-CHARLOTTE

Anne-Charlotte c'est un peu ma louve du wall street français. Elle te gère des actifs easily, comme tu gèrerais ton planning du mois d'août. Une voix de velours, un rire qui frappe les murs, une énergie captivante et un bagout plein d'amour, Anne-C pour les intimes, c'est aussi environ six punchlines à la minute ! Elle s'est installée à Paris il y a une bonne dizaine d'années, après un parcours mobile et une histoire personnelle assez originale. Elle nous parle de son métier testotéroné dans lequel les femmes sont de plus en plus présentes, de gémellité et de ses nouvelles résolutions pour s'empower ...



Romie 2000 : C'est comment de travailler dans la finance en tant que femme ? 

Anne-Charlotte : C'est un univers qui est très masculinisé. Finalement quand tu es une femme tu dois te comporter avec les codes des hommes. Quand je parle de code des hommes je peux parler d'une certaine pugnacité ou virilité. Je sais que j'ai développé un côté agressif en travaillant dans cette industrie. C'est un milieu misogyne où il va falloir encore une fois être soit particulièrement agressive, soit particulièrement douée pour se faire entendre. Et même dans ces cas-là c'est pas forcément facile parce que les boards et les chefs d'équipes sont majoritairement masculins, et les femmes restent une minorité, visible certes, mais une minorité.

J'ai vécu un petit truc assez particulier au début de ma carrière quand j'étais encore en stage. J'avais participé à un événement lambda. On réunissait des clients pour boire un coup au début de l'été comme ça se fait beaucoup, et je m'étais faite traiter de "pute" ce jour-là par un mec. Devant plein d'autres mecs. J'étais toute jeune, je savais pas du tout ce que je faisais là, tout ça m'impressionnait beaucoup. C'était la première fois que j'avais la chance d'assister à ce genre d'événement... ou pas (rires) ! Et donc : première humiliation publique. Je suis partie m'effondrer sur un banc. Et derrière il y a eu une bagarre, parce que quand le trader avec qui je bossais a appris ça, ils ont fini par se battre. Après ça, cette histoire m'a un peu suivi. Parce que dans le marché les gens parlaient de cette nana qui avait généré une baston. Et c'est bizarre le décalage parce que les gens avaient retenu ça, et moi j'avais surtout retenu que je ne voulais plus jamais que mon physique ou mon apparence soit une grille de lecture pour la justification de ma présence au bureau. Ça m'a permis d'avoir cette volonté de bien faire les choses. Ça m'a juste donné envie de travailler et d'être là pour mes connaissances et parce que je maitrisais ce que je disais. À partir de ce moment-là, j'ai toujours eu ce besoin d'être légitime.



Tu as utilisé des adjectifs très péjoratifs. Tu avais déjà conscience à l'époque que c'était agressif ou tu t'en rends compte seulement maintenant ?

Alors moi par contre j'ai eu la chance de tomber dans des équipes supers, avec des collègues masculins supers. Ils étaient bienveillants, cools. Ils m'ont formé, m'en ont appris beaucoup, m'ont mis en valeur. Faut comprendre que c'est un "trend" général avec des exceptions et des contre-exemples. J'ai eu des bonnes expériences mais je comprenais bien comment le système était dirigé et ficelé. Au début c'est surtout très impressionnant les salles de marché. J'étais un peu fière d'intégrer cette grande matrice. Assistant trader c'est un poste dont tous mes potes rêvaient.


Et du fait que les femmes soient assez rare dans ce milieu, peux-tu te sentir parfois avantagée ?

Alors déjà entre il y a dix ans et maintenant les choses ont progressé, et là où je travaillais jusqu'aujourd'hui, on était finalement une équipe avec plus de femmes que d'hommes. Il y a aussi de plus en plus de mouvements qui se sont créés autour de la féminisation de l'industrie comme des clubs de femmes qui vont venir se sponsoriser, se coopter pour promouvoir les femmes et leur évolution de carrière. Des clubs de femmes qui sont parfois ouverts aux hommes. Car l'idée c'est de faire venir des intervenants masculins également. Enfin, ça fait écho au sujet général des inégalités, au même titre que les noirs gagneront leur combat avec le soutien des blancs, le combat des femmes progressera aussi avec l'aide des hommes. Donc je pense que cette industrie a fait quand même de gros progrès. Depuis que les sujets autour de l'égalité sont de plus en plus présents et impactants. Parce que les entreprises ont de plus en plus de comptes à rendre numériquement en terme d'égalité de salaire, en terme de représentations féminines aux comités de direction. Tout ça est intégré aux critères ESG (Environnement Social et Gouvernance). La Gouvernance va par exemple intégrer le ratio hommes/femmes au sein des organes de décision. Je pense que cette pression à la fois économique, politique et aussi interne via ces collectifs de femmes, a fait évoluer les mentalités. Le discours que j'ai aujourd'hui aurait été hyper différent il y a dix ans. Même si aujourd'hui il n'y a pas assez de promotion de femmes aux postes clés. Finalement avoir 50% de femmes dans une entreprise ça sert à rien si elles ne sont pas aussi aux commandes.



Est-ce que tu vois une différence dans l'attitude des hommes en fonction de leur génération ?

Oui il y a un biais générationnel évident. Mais après il y a des contre-exemples dans les deux cas donc je ne veux pas faire de généralités. Mais globalement les hommes de notre génération sont plus à l'aise avec l'idée d'être managés par des femmes. Au départ j'avais à faire surtout à des hommes et ma parole n'était pas forcément légitime d'abord parce que j'étais jeune, mais aussi je pense parce que j'étais une femme. Mais moi le problème c'est que j'adore dire ce que je pense et j'attends pas vraiment qu'on me l'autorise. Donc je crois que ça a été ma manière de faire. J'attends pas qu'on me donne la parole mais je la prends, j'attends pas qu'on m'ouvre un bureau mais j'y toque. L'erreur que j'ai faite c'est que j'ai confondu agressivité et pertinence. Peut-être en écho à ce qui s'était passé plus jeune, ou en écho à cette industrie... mais quand je m'en suis rendue compte, aussi parce qu'on me l'a fait remarquer, c'est quelque chose sur lequel j'ai dû travailler et que j'ai dû remettre en question.


Qu'est ce que ça signifie pour toi être une femme dans la société d'aujourd'hui ?

Finalement ce qui me dérange, parce que c'est ce que je ressens au quotidien, c'est le fait d'être ultra-sexualisée dans la vie de tous les jours. Quand tu es une femme qui plaît tu vas générer en permanence de la séduction dans le rapport avec les hommes. Et ce qui m'embête c'est qu'on ait toujours ce rapport super binaire à la femme. Moi j'aime sourire aux gens parce que c'est des gens en fait. Je pense que c'est un problème d'éducation. On est vouées à être une représentation sexuelle avant d'être Quelqu'un. Finalement la lecture physique est une lecture trop facile et j'aimerais qu'il y ait des lectures un petit peu plus variées sur les rapports à la femme. Qu'on s'intéresse à l'âme des gens, leur gentillesse, leur bienveillance, tout ce qu'ils sont globalement et pas simplement leur vitrine.



Et toi qui as grandi dans un univers féminin, quelles valeurs on t'a inculquées ? Tu as quoi comme souvenirs de cette éducation ?

Je pense que ce que je retire de mon éducation avec ma sœur, ma mère, mes tantes, mes cousines et ma grand-mère, c'est déjà une capacité à m'exprimer spontanément, à prendre la parole et à rire aussi. Ensuite je dirais que j'ai appris à bien comprendre la psychologie et la sensibilité féminine, j'en ai fait une force aujourd'hui dans mes amitiés, j'aime écouter, conseiller, entourer mes amies.


C'est comment de traverser les différentes étapes de la vie d'une femme avec une jumelle ?

Moi je me suis toujours sentie très différente d'Hélène. Ça a toujours été mon sentiment et mes convictions. Ça m'avait fait énormément de bien après le bac de m'émanciper de ce duo qu'on a représenté pendant longtemps. À l'école on nous appelait "les jumelles", et quand je suis arrivée en prépa, j'étais Anne-Charlotte. Et ça a été des années où j'ai eu l'impression de vachement m'émanciper et j'ai pris vachement plus le contrôle sur ma vie, sur ma personne, sur ma personnalité. Ça m'a fait beaucoup de bien et on s'est mieux retrouvées après. Ça a été une vraie étape dans ma vie. Donc moi y'a pas d'effet miroir pour moi avec Hélène, il y a plutôt un effet amour infini et solidarité infinie et puis certainement une certaine dépendance qui peut être nocive parce que comme toute dépendance c'est pas équilibrant. C'est un travail que j'ai fait récemment d'affirmer mes différences, de reprendre un peu le contrôle de ma vie. De ne plus être forcément celle qu'on attendait de moi. C'est-à-dire de ne plus être une bonne sœur, une bonne élève, une bonne copine. J'ai très longtemps été dans le devoir plutôt que dans le vouloir. C'est un réflexe un peu inconscient chez moi que ce soit dans le boulot, dans le social ou dans ma relation avec Hélène. Là je sors d'un burn out, parce qu'à force de vouloir sans cesse être à la hauteur de ce qu'on attend de moi, je me suis oubliée. Quand récemment on m'a demandé "mais de quoi tu as envie ?", j'ai eu l'impression que c'était la première fois que la question se posait à moi. Et ça a changé beaucoup de choses dans ma manière de faire. Il n'y a pas de réponse unique, c'est plutôt comportemental en fait. C'est comme décider d'être le personnage principal de sa vie. De se mettre au centre. Faut répondre à ses propres besoins avant de répondre aux besoins des autres.




Et maintenant que tu es à l'écoute de toi-même, est-ce que tu as détecté des trucs qui peuvent t'empower ?

Ouais je pense que c'est un peu tout le travail que je fais aujourd'hui. Que la question du "vouloir" soit de plus en plus centrale. Ça a un impact sur ma disponibilité aux autres aussi. J'ai commencé un travail associatif pendant le Covid, pour un foyer de SDF et pour des hôpitaux de Paris via le collectif "j'ai besoin de". Ça m'a fait du bien de m'investir dans des projets qui me tenaient à coeur, dans des projets sociaux. Des projets qui me rendent utile et qui me nourrissent autrement. Finalement ça m'a révélé de nouvelles choses sur moi.


Et dans ton parcours de femme qu'est ce que tu aimerais explorer encore de toi ces prochaines années ?

En tant que femme de 35 ans je fantasme sur l'idée d'être maman un jour. Construire une famille ça fait partie des choses que j'ai envie d'explorer. Je vais aussi continuer de m'écouter et de fermer la porte aux personnes nocives. Le recentrage de toute manière il est vrai dans tous les domaines : professionnel, personnel, amical, sexuel, dans mon rapport aux hommes... donc il faut faire du tri pour qu'il y ait plus de place pour moi.

Moi j'ai croisé dans ma vie des nanas qui savaient ce qu'elles voulaient très jeune et j'ai toujours admiré ce volontarisme et cette auto-détermination. Et je tends vers ça. J'ai envie de devenir les nanas que j'admirais ! Qui étaient capables de s'assumer totalement et qui étaient pas là pour apporter les réponses qu'on attendait d'elles.




Pourquoi tu as accepté de participer ?

Parce que j'apprécie le travail que tu fais autour des femmes. Ce type de travail on le voit pas encore assez et ça me fait plaisir à mon petit niveau de venir l'alimenter, de libérer la parole sur le sujet des femmes. C'est une bonne expérience, c'est une manière aussi de se recentrer. C'est un peu thérapeutique de répondre à ces questions de manière très spontanée et sans filtre.


Merci Anne-Charlotte



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