top of page
Rechercher
  • Romie2000

MEET LAURA

Laura c'est un peu la tante artiste et aristo vaguement folle qui ferait un bon personnage de cinéma. Des moments de pure poésie qui chassent des tragédies, sa vie c'est un film dont elle-même a un peu peur de la fin, car elle sait de quoi elle est capable. Elle enchaîne les expériences carabinées avec autant de courage que de naïveté, et reste ainsi toujours sincère avec ses choix. Tu l'auras compris, Laura elle est à 12 sur 10 sur l'échelle de l'intensité. Cette artiste de la mise en scène et du set design vit sa vie comme une grande performance dans laquelle le plaisir et la beauté la guident. Elle se crée un maximum de micro-mondes et s'immerge dedans si profondément que notre réalité lui devient trop fade. En vrai, je trouve qu'elle a plus de couilles que tous nos frères réunis, alors je pense qu'on a toutes beaucoup à apprendre de ces grosses gorgées de liberté qu'elle s'autorise à boire cul sec pendant qu'on hésite encore sur notre deuxième verre.

Elle nous parle de son éducation aristo, de son époque santiags et de sa bisexualité...



Romie2000 : C’est tout de suite la mise en scène qui t’a intéressé quand tu as fait les Beaux-Arts ?

Laura : Pas du tout, j’ai fait de la peinture pendant dix ans. J’ai commencé à 9 ans. Je suis tombée dedans quand j’étais petite, j’avais des skills de création, j’étais déjà assez rêveuse etc. Môme j’avais déjà le profil d’une artiste perchée, ça a pas changé (rires). Donc j’ai commencé la peinture à 9 ans, et je me démerdais pas trop mal, j’étais pas un bon peintre, mais j’étais pas un mauvais peintre non plus. Je faisais que des peintures de nu de femmes. À 10-12 piges quoi. Des grands tableaux. On avait des cours de nu, et le corps c’est ce qu’il y a de plus intéressant quand tu apprends à peindre et à dessiner je trouve.


Et par la suite, le corps de la femme a continué de t'inspirer dans ton travail ?

Ouais je pense, parce que je faisais des performances sur les fringues. La mode est vachement centrée sur les femmes, je faisais des monstres en vêtements mais c’était pas genré tu vois, et ça me faisait triper. La femme en tant que thème c’était pas ce qui m’intéressait forcément, mais je me retrouvais toujours entourée de femmes. J’ai que des copines par exemple. Aux Beaux-Arts j’avais que des copines. Je faisais des performances qui étaient très girly au début, ce qui m’a vite cassé les c*******. Après je suis partie sur des performances non-genrées.



Comment tu as compris que tu avais besoin de créer ? Quand est-ce que tu as compris que ça allait devenir le fil conducteur de ta vie ?

Je suis quelqu’un qui doute énormément, mais vraiment, genre tu me fous au restau, je sais pas choisir un plat et je vais prendre le même que le tien. Donc autant te dire que le reste de ma vie ça a été compliqué. Et le seul domaine où j’étais sûre de moi, et c’était presque de l’ordre de la vocation, c’était de faire quelque chose de créatif dans ma vie. C’est le seul truc où j’étais bonne. Enfin c’est la sensation que j’avais. C’est le seul truc dont j’étais sûre tu vois. J’étais sûre de vouloir faire les Beaux-Arts, j’ai jamais douté de mon parcours en fait. Autant mes histoires d’amour et tout le reste c’est un bordel sans nom, mais mon parcours, et les projets que j’ai fait, j’en suis assez fière aujourd’hui. Parce que j’ai créé pas mal de choses quand même l’air de rien. Même dans la douleur. C’est instinctif tu vois, c’est un instinct de survie.


Et tes parents ont toujours soutenu ça ? Cette fibre-là ?

Ils se sont dit « elle a l’air bien chelou celle-là, mais elle a quand même un peu de talent quoi ». Mon père m’a encore appelé hier, il m’a dit « moi j’ai confiance en toi, c’est la galère en ce moment avec le Covid et tout, mais t’as du talent, tu peux te battre avec ça, c’est une arme que t’as ». J’y crois pas trop parce que j’ai aucune confiance en moi, mais bon quand il me dit ça, ça fait du bien, je me dis qu’il a probablement raison et j’ai envie d’y croire. Mais c’est dur d’apprécier ce qu’on fait, d’avoir du recul. C’est dur de se féliciter dans la vie. Là c’est un truc que je travaille en ce moment...



Par rapport à ton éducation, aristo, quel genre de codes t’as reçu en temps que femme etc. ?

Alors ça c’est l’histoire de ma vie. J’ai grandi dans une famille un peu cool, avec des parents un peu cool, un peu bobos, qui fumaient un peu des joints le week-end, ça sortait beaucoup en boîte. Beaucoup beaucoup de fêtes à la maison, des gros goûters pour nous. Un truc très festif et joyeux. Et en même temps chaque été on partait chez nos grands-parents dans le château de famille, et là tu bouffais des biscottes avec de la margarine, et c’était trop bien parce que c’était un château de ouf avec un parc de ouf. Une enfance complètement dorée quoi, mais avec des règles de ouf. Genre il fallait aller à la messe, on devait faire la prière à tous les repas, il fallait sortir avec des gens de notre milieu, donc on nous présentait les enfants des potes des parents pour qu’on reste dans un gang, dans une communauté aristo. On allait aux châteaux des uns des autres. Quand t’es petit c’est chanmé, parce que tu passes d’un château fort à un château du XVIIIème, c’est assez dingue. Je me rappelle d’une fête où on était allé, une de nos premières fêtes, on avait 16 ans et on n’avait pas le droit de boire d’alcool. J’ai un pote qui a acheté des flashs, et comme à l’époque on buvait peu, il a fait un petit coma éthylique. On s’est fait défoncer, on nous a privé de toutes nos vacances, moi je pleurais, j’étais complètement traumatisée. J’étais avec une amie, on devait partir en vacances chez elle etc. Et ce jour-là je me suis dit « c’est chaud en fait, les gars sont complètement dans un délire traditionnel à l’ancienne et une religion omniprésente ». Mon grand-père était complètement misogyne, les femmes on n’existait pas, alors que moi j’étais l’ainée des petits-enfants. J’avais une place un peu privilégiée mais en même temps ça ne l'intéressait pas parce que j’étais pas héritière. J’héritais pas du titre de marquis. Et tout est comme ça, du coup tu grandis et t’as l’impression que t’es pas légitime. Tu sens que t’es différent donc c’est carrément la merde. Ça t’arrangerait d’être comme eux, ça serait pratique, ils t’offrent une vie assez chouette : tu vas faire une école de commerce, épouser un mec de ton milieu qui aura peut-être un château lui aussi, et tout ira bien ! Sauf que moi c’était pas ça le projet de ma vie. Et très vite on m’a dit que j’étais rebelle, du coup j’ai joué à la rebelle. Par exemple, à 12 ans, j’étais à table, à Londres chez ma tante. Et avec ma grand-mère, la marquise donc, ça devait parler d’un sujet raciste; parce que dans ma famille c’est le quotidien, ça parle de Zemmour tranquille à table tu vois. Et je me lève de table, à 12 ans donc je suis encore un enfant, et je dis « de toute façon plus tard je me marierai avec des noirs parce qu’ils ont des grosses bites », et je me barre en pleurant. Je faisais des actions comme ça. Et ma grand-mère est montée dans ma chambre, elle m’a regardé pleurer, elle m’a consolé et elle m’a dit « t’inquiètes pas, plus tard tu vas devenir quelqu’un de bien, et tu te mettras avec quelqu’un de bien », genre « les noirs ne sont pas bien » quoi. Sauf que j’ai jamais changé, j’ai fini avec un noir à la fin. Voilà c’était que des trucs comme ça, mais je le faisais avec beaucoup de douleur parce que j’avais pas envie d’être dans cette position-là mais tout m’écoeurait, tout m’étouffait, j’étais hyper oppressée. D’où cette envie de liberté, de découverte, d’aventure. Quitte parfois à en perdre grave de plumes. Mais quand tu grandis dans un carcan comme ça, t’as pas le choix en fait. Soit tu rentres dans le moule, soit tu pètes un câble. Je vois pas d’aristos qui sont équilibrés tu vois, ça existe pas.



Et finalement comment tu as réussi à imposer ta personnalité ?

Je suis super affectueuse, et puis surtout en vieillissant j'ai mis de l’eau dans mon vin. Mais j’ai quand même imposé mon style tu vois. Je leur ai dit « maintenant c’est mon choix, c’est mes trucs, c’est ma vie, si vous m’aimez vous me suivez, si vous m’aimez pas on coupera les ponts ». Donc les mecs m’aimaient donc ils m’ont suivi. Ils tolèrent des trucs, ils essayent de me moraliser régulièrement sur la religion notamment. Parce que depuis que mon cousin est devenu moine, les femmes sont devenues hyper bigotes, en mode pèlerinage, donc elles m’offrent des bouquins cathos à Noël, j’ai envie de me crever les yeux tu vois (rires). Y’a un côté un peu évangéliste, mais en fait ils savent que je suis un peu une cause perdue. Et puis je suis tellement sensible, et j’ai eu tellement d’histoires de santé, qu’ils se sont dit « OK on va peut-être lui foutre un peu la paix, elle a déjà son chemin de croix à gérer, on l’aime et on va essayer d’être là. » Enfin c’est quand même des gens bienveillants, c’est pas des enculés tu vois, ils ont des discours d’enculés, mais ça reste des humains, avec tout ce qu’il y a de beau et de dégueulasse chez l’être humain. Mais en fait ils peuvent pas comprendre, ils vivent dans un autre monde. Ils vivent dans une bulle. Si je te fais le bilan, moi j’ai crevé la bulle et je me suis barrée. Mais j’y reviens de temps en temps parce que c’est ma famille. Mais c’est une bulle, ils voient des gens comme eux, ils s’habillent pareil, ils pensent pareil, ils ont la même religion. Ils détestent la différence, ils ont peur de la différence. Et c’est de la bêtise humaine, parce que la différence c’est une immense richesse. Quand tu voyages, quand tu sors avec des personnes qui sont pas de ton milieu social ou qui n'ont pas la même couleur de peau ni la même religion, c’est tellement intéressant, tellement enrichissant. C’est plus dur c’est clair, parce qu’il faut adapter les curseurs. C’est pour ça que je suis différente d’eux, parce que tout ce qui est différent ça m’excite.




Et t’as pas l’impression d’avoir été désignée comme l’exploratrice de la famille ?

Ah non parce qu’ils auraient préféré que je sois à ranger des bâtons, avec 2,7 babies, un labrador brun et un pavillon à Saint-Germain-en-Laye avec un crédit sur 25 ans. Ça ils auraient kiffé.

Après oui j’ai un côté explorateur, mais c’est pas désigné. Mon psy m’a dit « toi t’as fait une crise d’ado de 15 ans parce que tu fais pas les choses pour toi, tu fais les choses contre eux. » Et là maintenant je commence à faire les choses pour moi. C’est-à-dire que je ne vais plus faire un truc simplement parce que ça les fait chier. Parce que tu t’épanouis pas comme ça, parce t’es dans une colère. Et là je ne suis plus dans une colère, ni contre eux ni contre moi-même. Maintenant j’ai envie de faire les trucs pour moi, j’ai envie de me faire kiffer moi. J’ai envie de faire des choix pour moi, sans être contre quelque chose, tout simplement. C’est plus épanouissant.


Comment tu as construit ton rapport à ton propre corps et ta propre sexualité ?

J’ai un paramètre qui est quand même assez particulier, c’est que je faisais 1m81 à 14 ans. En plus d’être aristo. Donc j’étais la meuf la plus complexée de la Terre. Mais finalement j’ai développé un caractère où je me suis dit « je serais peut-être pas la plus bonne, mais au moins je serais golri, lookée, originale ». Ouais c’est avec ma taille que je me suis dit ça « de toute façon t’es aristo, tu fais 1m81, t’as 14 piges, qu’est-ce que tu fais ? » Bah j’ai décidé de mettre les foulards Yves Saint Laurent de ma mère et de parler comme une chartière, voilà. En plus j’avais une scoliose et une cyphose, j’étais en bad trip total, donc mon rapport au corps il s’est construit dans la douleur. Et j’étais évidemment pas sexualisée du tout parce que j’étais hors-norme, donc les mecs je ne les intéressais pas. J’ai eu mon premier rapport à 16 ans, ce qui est quand même tôt. En fait je me suis tapée le beau gosse, l’acteur de l’école, qui venait de jouer dans un film donc il était un peu "fame" mais un peu perché aussi. Et je sais pas on s’est bien capté, moi j’étais l'outsider, j’étais pas dans les meufs hype de l’école mais je sortais déjà beaucoup donc ça passait. J’étais en L, j’avais des santiags… j’étais pas la minette en Repetto quoi. Parce que j’étais dans une école privée catho évidemment. Et lui quand je me le suis tapé, les meufs étaient là « ah ouais, ah tiens ». Donc après je suis devenue un peu la meuf cool. Mais quand même chelou. Et finalement je me suis fait virer de l’école. Après ça, s’est enchainée une énorme succession d’hommes et de femmes. Jusqu’à 25 ans j’étais une personne super pudique, j’avais du mal à me mettre en maillot de bain sur une plage, j’étais en panique, je détestais mon corps, j’étais dans un rejet total. Puis y’a eu deux évènements qui m’ont fait prendre confiance en moi : mon voyage en Amérique latine, et ma première relation avec une femme, et ça c’était il y a un an.



Et comment tu expliquerais ça ?

Les femmes sont bienveillantes avec le corps je trouve. J’ai peur de dire des gros clichés mais en fait la vie est tellement faite de gros clichés… En voyage, tu peux te réinventer, déjà. Je me sentais beaucoup plus puissante, t’as une certaine forme de liberté. J’étais dans des pays chauds donc j’étais en mini-shorts et j’étais beaucoup plus à l’aise. Chose que je n’aurais jamais fait à Paris. J’avais décadenacé un truc. Et avec une femme, ça c’est encore plus intéressant, j’étais avec une femme assez belle, qui ressemble aux canons de beauté d’aujourd’hui, assez classique, un peu androgyne. Et elle me trouvait canon, et elle valorisait vachement mon corps dans sa façon de faire l’amour, sa façon de me regarder. Et surtout quand on se baladait dans la rue, je me sentais plus la petite meuf avec son mec, je me sentais à égalité parce que j’étais avec une autre femme. Et ça m’a beaucoup fait prendre confiance en moi. Parce que j’avais un rapport assez soumis avec les hommes en général. Et là j’étais la plus grande et en même temps j’étais avec une nana qui avait de l’expérience. Il y avait un équilibre par rapport à ça et à ma question du corps. Ça m’a complètement épanoui et libéré et j’ai accepté mes formes, j’ai accepté ma taille, j’en étais même fière.



À ce moment-là tu t’es demandée si t’étais homo ou bi ?

Ça a été hyper compliqué. J’ai eu un coup de foudre pour cette nana, je me disais au début « ça va être une blague d’été », ce qui aurait peut-être dû être le cas (rires). Et en fait moi ça m’a bouleversé le cul grave parce que je me disais « en fait je suis quoi ? », tu vois. Les gens me disaient que j’avais pas besoin de mettre d’étiquette, que j’aimais les gens c’est tout. C’est facile de dire ça mais moi j’avais besoin de savoir quelle était mon identité. Toute ma vie je m’étais construite dans un truc, avec des aventures avec des nanas mais c’était du folklore, c’était du fun, c’était de la soirée. Et là d’un coup, je me promenais avec une nana dans la rue, je découvrais la communauté queer, enfin c’était un délire. Et ça m’a grave questionné, grave bouleversé. Du coup je me suis demandée si j’étais bi, c’est logique puisque j’étais avec des hommes toute ma vie. Puis j’ai pensé carrément que j’étais une lesbienne et que c’était une révélation, du coup je suis allé sur Tinder quand j’ai rompu avec cette nana. J’étais en PLS, j’étais en bad total, parce que c’était ma première nana donc moi je l’ai vécu comme un drame, comme une ado. Et là sur Tinder je rencontrais des lesbiennes qui me disaient « ah t’es lesbienne aussi ? Mais en fait t’es sortie qu’avec une nana donc t’es pas vraiment lesbienne ? T’es bi en fait. Mais moi je sors pas avec des bi en fait. » Et là j’ai découvert la biphobie, et ça m’a fait très mal au cul. J’ai fait tout ce taf pour sortir de ce milieu de merde, super fermé, avec des putains de valeurs, pour retourner dans un truc où je tombais sur des lesbiennes qui étaient ultra biphobiques parce qu’elles voulaient sortir qu’avec des lesbiennes. Mais c’est quoi ces codes de merde qui reviennent ! Et ça a été pareil aux Beaux-arts. En fait ma vie a été une succession de communautés dans lesquelles je suis entrée et ressorties aussi vite. J’ai découvert que le monde était comme ça en fait. Partout où j’irais il y aura toujours un système communautariste, avec des règles, avec des codes. Donc j’ai décidé d’avoir des potes de partout, comme ça il y a pas de code. Quand je suis tombée amoureuse de cette fille, comme j’avais aucun code de ce milieu-là, je la trouvais complètement dingue, complètement punk, complètement libre, alors qu’en fait elle ressemblait quand même pas mal à d’autres lesbiennes, quand j’ai commencé à en rencontrer. Les Doc Martens et les trucs comme ça, en fait elles en portent toutes. Tu vois moi je me rendais pas compte comme tout était nouveau pour moi. Puis plus tu creuses, plus tu découvres qu’il y a aussi plein d’autres trucs qui sont codifiés, et c’est pas pour critiquer, parce que c’est aussi agréable d’avoir des safe spaces et d’avoir des gens qui te ressemblent et qui te comprennent etc. Mais moi je crois que j’aime le danger.



Est-ce que tu te rends compte au fur et à mesure que tu es une des rares personnes à te sentir libre pour de vrai et à le vivre pour de vrai ?

C’est trop intéressant ta question, parce que je crois que l’histoire de ma vie ça a été une quête de liberté permanente. Et plus tu cherches cette liberté, plus c’est douloureux, tu cherches des histoires plus compliquées parce que tu vas ramener un métis dans ta famille qui est raciste, tu vas sortir avec une femme mais tu pourras pas faire ton coming out à ta mère pour pas lui détruire la gueule; ta mère que t’adores mais avec qui tu as une distance de ouf parce qu’elle comprend pas les trucs les plus essentiels de ta vie. Donc ma recherche de liberté ça m’a aussi vachement emprisonnée dans une certaine souffrance. Peut-être pas une souffrance, mais je suis pas quelqu’un d’apaisé quoi. J’ai une forme d’activisme dans ma vie, en tout cas j’ai activé des trucs, et aujourd’hui j’aimerais bien réussir à trouver l’équilibre. Et quand tu fais des actions comme ça, à chercher la liberté et à explorer, t’es libre sans être libre au final, parce que la liberté demande d’être apaisé, de pouvoir savourer. Et moi je suis encore dans un truc un peu forcené quoi.


T’as une idée à l’avenir de comment trouver cette forme d’apaisement ?

Oui je sais, en n’en ayant plus rien à foutre du regard des autres. Parce qu’en fait quand tu te construis comme ça, tu te construis en fonction du regard des autres, du regard de ta famille, de tes partenaires, de tes amis. Et en fait il faut en avoir plus rien à foutre, « je suis comme ça et c’est comme ça et allez vous faire foutre ». Et tout va bien se passer. Et quand t’es comme ça c’est bon, t’es bien avec toi-même, mais bon c’est facile à dire, on vit en société, on est tous les maillons d’une chaîne de la société, on peut pas dire qu’on en a rien à foutre du regard des autres. Tout le monde fait gaffe. Tout le monde se maquille le matin, tout le monde fait gaffe à ses sapes, tout le monde fait gaffe à ses fréquentations, tout le monde fait gaffe au job qu’il fait. Mais moi j’aimerais bien pouvoir me dégager de ça, parce que j’ai une blessure narcissique particulièrement énervée à cause des aristos quoi. Donc c’est ça la clef, faire les trucs pour soi.




Qu’est-ce que tu préfères chez toi, à travers toutes tes expériences ?

Mon courage je pense. J’ai quand même du courage. Parce que je me suis mise en danger plusieurs fois, de façon très conne. En fait je suis aussi con que je suis courageuse. Quand t’es courageux en général t’es un peu con parce que t’y vas sans réfléchir. Et j’aime bien mes seins en ce moment parce que j’ai grossi donc ils sont énormes.


Qu’est-ce qui te fait te sentir femme et bien dans ta peau au quotidien ?

Le rouge à lèvres. Ça c’est très important, c’est ma marque de fabrique. Je le mets très mal et j’en mets partout dans tous les masques etc, ça déborde un peu, je ressemble un peu à un vieux trav tu vois, mais c’est mon truc, quand je mets du rouge à lèvres ça veut dire que je suis opérationnelle. C’est un peu mon masque à moi. Là on est le matin, j’ai mis mon rouge à lèvres avant de faire l’interview tu vois, alors qu’on est sur Skype. Rouge à lèvres-frange, tu me reconnais.



Si on considère que chaque femme à son message à apporter aux autres femmes, ce serait quoi le tien ?

Je cherche le plaisir et le désir, ça c’est clair, parce que c’est important. Mais je cherche aussi mon safe space à moi à travers toutes ces explorations. Un jour un mec m’a dit « plus t’explores, plus tu rencontres des nouveaux mondes, plus c’est difficile ». Parce que tu n'as plus de zone de confort, tu ne sais plus, t’es en quête permanente. Au début tu rencontres des gens qui te ressemblent par rapport à ta communauté, et en fait plus tu grandis plus tu rencontres des gens différents. Et en fait les aristos elles se sont déjà toutes mariées. Hier j’étais avec une nana, elle a déjà deux bébés ! Je suis à des années lumières d’elle ! Et plus tu vieillis, plus ça devient compliqué de rencontrer des gens qui sont comme toi, qui te ressemblent. Parce qu’en fait sur ton chemin, tu vas rencontrer des gens qui vont rester dans leur délire. Et toi tu changes de délire en permanence, du coup des gens un peu plus weirdos, t’en rencontres de moins en moins. Et ça c’est un peu dur parce que plus je vieillis, plus je me sens seule. Heureusement j’ai beaucoup d’amis chanmés qui sont super tolérants et super open. En fait je suis écartelée entre l’envie de me poser et l’envie de continuer à explorer. Ou en tout cas d’explorer avec quelqu’un. C’est pour ça que je suis une aussi grande romantique, et que je cherche absolument mon âme soeur. Ce sentiment d’être seule c’est aussi parce que depuis que je suis petite je me suis battue dans mon délire toute seule, parce que j’étais un peu à contre-courant, donc un peu solo en fait. Pour les gens des Beaux-Arts j’étais une bourge, pour les bourges j’étais une artiste chelou, ça a toujours été comme ça. J’ai toujours été écartelée. C’est pour ça que j’ai une espèce de quête d’amour éternelle, et ce que je me souhaite aujourd’hui c’est de trouver l’amour. Ça parait niais, mais c’est ce que je souhaite à tout le monde. C’est ça le message que j’aimerais faire passer aux femmes, aux gens en général. Trouver l’amour soit en soi-même, soit avec quelqu’un. N’importe quel format, n’importe quelle personne, je crois en la liberté absolue en amour, mais trouver l’amour c’est quand même génial tu vois. Surtout quand t’as une vie un peu débridée. Et pour moi ce sera plus dur que pour quelqu’un d’autre avec tout ce que je t’ai raconté. Parce que j’ai pas de schéma, et les gens aiment les schémas, ça rassure.



Merci Laura <3


Photos de Enzo Tonati

Follow Enzo

Follow Laura

Follow Romie_2000

bottom of page