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  • Romie2000

MEET NATACHA

Si on vivait une nouvelle Terre, Natacha serait une sorte de gourou vénèr' mais bienveillante qui militerait pour l'épanouissement personnel et ferait rayonner chaque personnalité qu'elle croiserait. C'est un peu ce qu'elle fait déjà depuis qu'elle a décidé de marcher sur son propre chemin. Un chemin qui lui a permis d'apprendre à devenir elle-même à travers la danse, le stylisme, la sexualité et plus récemment la spiritualité. Elle laisse vivre et prend soin de toutes les femmes qui sont en elles. Car accepter toute la multiplicité qui nous qualifie, c'est le secret qu'elle partage à chaque conversation qu'elle nous offre. Avec son sourire généreux, son regard ailé et ses mots qui claquent, Natacha nous transmet toute son énergie dopante et on aimerait que ça ne s'arrête jamais. Elle nous parle de comment elle en est arrivée là, de légitimité et des pouvoirs de l'orgasme...



Romie 2000 : Quand est-ce que tu as décidé de cultiver ta spiritualité ?

Natacha : J’appelle pas encore tout à fait ça une spiritualité. Ma mère est pour moi un exemple d'indépendance et elle m'a toujours sensibilisé à la réflexion. Quand j'avais des moments de doute elle me disait : "Est ce que ça te fait du bien ? Alors c'est que c'est bon pour toi". Du coup tant bien que mal je me suis toujours efforcée de prendre soin de moi, à être hyper consciente de moi et de mon environnement, et à être l’écoute de mon instinct. Jusque là j'ai pu lui faire confiance, il m'a toujours protégée. Mais j’avais pas conscience que c’était une force, un guide. Pendant longtemps je me suis apitoyée sur mon sort à cause de mon hypersensibilité, et puis y’a eu un moment où je me suis séparée de mon ex, ça doit faire 6 ans; et cette rupture m’a permis de me retrouver. Vivre un amour de 10 ans c'est formidable mais lorsqu'on démarre à 19 ans on est au début de notre maturité d'adulte. Et parfois le compagnon nous sert de béquille lorsque que l'on est pas capable de se donner soi-même suffisamment d'amour, et je me suis longtemps reposée sur cette béquille... Lorsque j’étais célibataire, je suis retournée vivre chez ma mère et j'ai re-connecté avec tous les outils qu'elle m'avait transmis. Je me suis dit « bon, il va falloir trouver cette indépendance. T’as ton instinct, tu sais que tu peux lui faire confiance, bon bah suis-le ». Et ça a été le départ vers le développement de ma spiritualité. Je suis danseuse, j'ai démarré une nouvelle pratique, le waacking qui m'a permis de développer ma féminité (car je suis une enfant du hip-hop, une danse plus masculine et plus terrestre). Je me suis découverte très libidineuse alors que je ne l'étais pas en couple. Y’avait des choses sur lesquelles j'avais beaucoup d'a priori, comme par exemple la fellation, que je n'aimais pas pratiquer, alors qu'aujourd'hui j’adore ça. Mon regard sur beaucoup de choses a nettement changé et je me rends compte que mon absence de libido était liée à un profond mal-être, aussi bien physique que psychologique. Je me suis rendu compte que j’étais exigeante, que je me jugeais beaucoup, que je n'étais pas autant à l’écoute de moi-même que je le pensais.



Comment ta mère est devenue un guide pour toi ?

Après ma séparation je suis retournée vivre avec elle et j’étais prête à écouter ses leçons. Parce qu'avant ça je m’étais construite avec mon copain, et il était trop tôt pour les enseignements qu'elle aurait pu m'apporter. Mais là j'étais à point et j’étais prête à les mettre en pratique. Et notamment la liberté sexuelle ! Ma mère elle m’a fait grandir dans ce mythe d’union libre etc. Parce que quand j’ai eu conscience de l’enfant que j’étais ou de la personne que j’étais, mes parents étaient déjà séparés. Mais ma mère me disait qu’ils étaient en union libre, qu’ils étaient mariés mais qu’ils allaient voir ailleurs, et que c’était OK. Donc y’avait ce prisme d’indépendance et de liberté, que j’ai commencé à mettre en place puisque j’étais plus en couple. J’ai pu vivre ma sexualité librement, je m’engageais avec personne… Donc tout ça m’a permis de beaucoup apprendre sur moi.



Et après ça ?

Puis il y a eu le cap des 30 ans, que j’ai fait à 29 je crois (rires). Il m’est venu dans la gueule et il m’a dit « regarde Natacha, depuis que t’as 20 ans tu fais la Friperie Solidaire, t’as bossé pour Unküt, pour la grande distribution, pour Pantheone, t’as des skills de fou, et t’as bossé dans la seconde main pendant tant d’années. Ce que t’as envie de faire maintenant c’est logique en fait, et t’as mis ça en place sans même t’en rendre compte. » Ce bilan m'a fait gagner en confiance, et j'ai re-connecté avec ma foi en moi. Ça n'a pas toujours été simple, j’ai grandi dans une banlieue tranquille mais un peu ghetto quand même, y’a toujours ce truc de « est-ce que t’es legit/pas legit », y’a personne qui t’encourage, faut que tu te tapes, faut que tu te butes, faut que tu te justifies… c'est un peu démoralisant et ça m'a fait perdre cette "dalle" qui pourtant sommeillait en moi. Je me suis rendu compte que tout ce que je faisais depuis tout ce temps, tout ce travail, ces jobs, c'était mon chemin d'évolution; même si les objectifs n'étaient pas complètement clairs pour moi à l'époque, j'avançais dans la direction qui était la MIENNE. À partir de là, je me suis sentie légitime, j'ai compris que ce qui me guidait, cette "dalle", c'était ce moi profond, authentique et sincère, c'était cet "instinct" et que je devais le suivre ! Ça m'a pris du temps de maturer mes idées, maturer ma foi en moi, mais aujourd'hui ce que j’ai à proposer est complet, vrai, et profondément bienveillant : des valeurs inhérentes à ma personne. Je ne peux pas faire autrement que d’être authentique, et maintenant je me sens légitime de l’être. Aujourd’hui je me sens appartenir à une communauté, le monde entier, je me sens appartenir à tout ça, en y apportant ma petite épice. Je me dis « c’est OK, j’ai le droit d’être moi-même, de faire ce que j’aime », parce que si les raisons sont bienveillantes et qu’elles me sont propres, elles sont forcément bonnes.



Et justement c’est quoi ce petit truc, cette épice que tu veux apporter au monde ?

Je dirais ma force c'est de transmettre aux gens ce truc d'être OK d’être soi-même, d'accepter d’être tout ce que l'on est. Je pense qu’on est multiples, je pense que dans chaque personne il y a une femme, un homme, un enfant. Moi y’a la ghetto girl, y’a la femme fatale aussi (ce mythe des années 80 auquel on est un peu tous attachés), y’a la rêveuse, la teenager. Donc moi ma force c’est d’être multiple, d’être OK avec toutes les personnalités qui vivent en moi. Et même si le matin j’ai du mal à toutes les habiller, parce que bon des fois j’ai envie d’être un petit garçon, des fois j’ai envie d’être une femme super bandante… mais le plus souvent j’ai envie d’être un petit garçon quand je m’habille (rires). Mais ça m’empêche pas d’être féminine, ça m’empêche pas d’être belle, de rayonner, au contraire. Le fait de justement m’habiller tel que je suis et d’exprimer mon état d’esprit et qui je suis vraiment, ça me permet de briller, rayonner sur les autres. Et on me le dit, que je suis un soleil. Que bon même si j’ai des chicots un peu pourris, mon sourire fait trop plaisir. Donc ouais je pense que c’est ça ma force. Rayonner, avec toute cette multiplicité.




Est ce que ça a un rapport avec l'environnement dans lequel tu as grandi ?

Je dirais que jusqu’en école primaire j’étais dans ma bulle et tout allait bien, c’était la teuf, et puis je suis arrivée au collège où c’était beaucoup plus violent pour moi, où le ghetto était plus présent, où il fallait s’imposer d’une façon où d’une autre. Et moi je trouvais pas par quel moyen, à part mettre de côté ma féminité. Parce que quand t’es une jeune femme blanche dans la cité, c’est soit tu finis dans une cave, t’es une pute et t’as un bébé à 18 ans, soit il faut être l’égale de l’homme. Donc là j’ai commencé à me cacher, à mettre des baggies, des sweats larges, à ressembler à un garçon quoi, parce que je devais montrer que j’étais solide. Je devais déjà être solide à la maison pour mon frère et pour ma mère, et il fallait que je sois solide dans la rue pour pas qu’on vienne me casser les couilles ! C’est les murs que je me suis fabriquée pour me protéger. Et après autour de la trentaine tu t’aperçois que ces murs ils te bloquent, il faut les refaire pour faire des fortifications mais pas des murs qui t’empêchent d’avancer, qui te créent des blocages.



Et quand tu t'es rasée la tête ? C'était une façon de te donner de la force ?

Ça c’est une étape très importante dans ma vie. Ça m’a permis de développer ma féminité et ma force. Un des plus beaux moments de ma vie c’est quand je me suis rasée la tête avec ma daronne (ndlr : sa maman malade a du commencer une chimiothérapie, et Natacha s'est rasée avec elle par soutien). Ça me donne un peu envie de chialer, mais ça va aller. J'ai un terrain familial qui m’a donné envie de partager avec les autres. Partager et recevoir ça me donne de la force. Notamment mon expérience avec Pantheone, ça ça m’a donné beaucoup de force. J’avais besoin d’un nouveau leader dans ma vie. Y’a eu ma mère, il y a eu mon ex et il y a eu Debbie (créatrice de Pantheone, ndlr). J’ai pu m’épanouir grâce à elle, et il a fallu que je donne de ma personne pour moi. J’ai toujours été très à l’écoute dans mes relations amicales, je préfère les relations intimes en tête-à-tête qu’en groupe. Quand on est cinquante à une terrasse de café, j’ai du mal à trouver ma place, j’ai du mal à m’occuper intimement de chaque personne, et du coup je sais pas trop comment évoluer, parce que j’aime être à 200% avec une personne. Quand je suis avec quelqu’un, je suis intensément avec quelqu’un, ça c’est vraiment un trait de ma personnalité.



En quoi pour toi le vêtement est un outil qui permet de refléter sa personnalité ?

J’encourage les gens à se sentir bien dans leurs vêtements, parce c'est une histoire de dignité. Parce que chacun a le droit d’être lui-même. Mon frère devait sans cesse se justifier d’être lui-même, c’était un peu son fardeau, du coup il s’est rangé dans une case marginale. Mais en fait non pas du tout, on peut avoir une part de marginalité et c’est pas du tout un problème. Au contraire je pense que quand on s’aime soi, on attire autour de nous des choses positives, des gens qui sont positifs, qui nous font du bien. Ça nous rend beau. C’est une histoire de loi de l’attraction. En me consacrant à moi je me suis rendu compte que je me faisais du bien, je me donnais de la confiance en moi, je me sentais plus digne, plus légitime, et il m’arrivait de belles choses. Et quand on aime un vêtement, on se sent bien dedans, on rayonne, on est entier, authentique, on s’offre aux autres tel qu’on est, et ça sélectionne mieux les gens et les énergies qui nous entourent. Si on est en accord avec soi, on vit pas mal les choses, on les prend comme des apprentissages. Il faut rester positif, continuer à aller dans son propre chemin, et les choses vont s’améliorer !

J’ai eu une phase dépressive dans ma vingtaine, et je pensais pas atteindre cette confiance en moi, et ce truc de se sentir légitime, ce droit d’être digne etc. J’ai fait une thérapie, j’ai arrêté d’être dans l’auto-jugement, et je me suis autorisée à être belle, féminine… et tout ça, c’est le vêtement qui m’a aidé. Et c’est un très bon outil pour pouvoir partager ça avec les autres, c’est quelque chose de simple, qu’on utilise au quotidien.



Quel est ton rapport au corps et à la nudité ? Pourquoi c’est important pour toi de diffuser et cautionner la nudité ?

Parce qu’en fait c’est tout ce qu’on a. Le matériel et tout ça, ça change dans nos vies; alors que notre corps et notre esprit on les a toute notre vie. Et c’est le seul truc qu’on doit vraiment chérir, et c’est le seul truc avec lequel on doit le plus être en acceptation. Parce que si on n’est pas en acceptation avec ça, on va pas être en acceptation avec tout un tas de trucs dans notre vie. Ça va se répercuter sur notre vie professionnelle, sur notre vie sociale, sur notre vie sentimentale. Quand j’étais jeune et que je couvrais mon corps parce que je voulais pas qu’il m’arrive des bricoles, j’ai nié complètement mon corps, j’ai nié ma féminité, je voulais pas que ma mère me voit nue… j’étais dans des blocages quoi. Pourtant il y avait cette femme qui essayait de s’exprimer, je voulais la faire taire mais elle était quand même présente. Et aussi à trente ans pour la première fois de ma vie j’ai défilé pour la Fashion Week. C’est un truc dont je rêvais depuis petite, d’être mannequin, mais quand t’es dans le ghetto tu peux pas avoir des rêves comme ça. Déjà je travaillais dans la mode je me disais c’est beau, j’aurais dû devenir caissière. Je me suis rendu compte que mon rêve s’était réalisé même à trente ans. Donc il ne faut pas cesser de rêver puisqu’en définitive les rêves se réalisent si on y met tout son bon coeur, toute son énergie ça finit par arriver. C’est juste qu’il faut être patient. Et toutes ces étapes-là ça m’a permis d’être en accord avec moi. Je trouve aussi que le corps de la femme c’est une des choses les plus belles de la nature.



Pourquoi tu as eu envie de tatouer ton corps ?

Les tattoos ça m’a permis de récupérer mon corps, de me dire « mon corps m’appartient, ma peau m’appartient, j’en fais ce que je veux ». Et puis y’a toujours ce petit ange qui est ma mère qui me dit « t’es indépendante, tu fais ce que tu veux, t‘es une femme libre ». Je trouve que par la nudité on exprime beaucoup de liberté. Et c’est peut-être pour ça qu’on veut cacher les corps aujourd’hui, qu’on veut cacher les sexes sur les statues dans les musées etc. Parce que la sexualité, le corps, c’est la liberté en fait. Et récupérer tout ça, même à travers la sexualité, le sexe libre, sans jugement, c’est mal vu. Parce qu’une fois que tu as accès à ton corps, à ta sexualité, que tu sais te déclencher des orgasmes, t’es libre en fait. Tu peux faire exactement tout ce que tu veux, tu n’as plus besoin de personne. Et ça c’est dangereux pour la société d’aujourd’hui. Mais ça après c’est mon petit discours complotiste qui fait surface (rires).



En quoi la sexualité est libératrice et en quoi chacun devrait en prendre soin ?

Je pense que c’est encore une histoire de multiplicités. Ta sexualité, ton identité sexuelle c’est une des entités que t’as dans ton corps, et elle doit s’épanouir comme toutes les entités qui font partie de toi. Dans cette démarche d’acceptation de soi, c'est une façon de se responsabiliser. On prend la responsabilité de prendre soin de soi et de sa sexualité. Développer sa sexualité c’est aussi se prendre en main. C’est aussi se dire « j’ai décidé de prendre conscience de qui je suis, de l’accepter, de le digérer, et puis après mettre en pratique mes désirs ». Le désir c’est la liberté, mais encore plus dans la sexualité. Se sentir libre, léger c’est vraiment un sentiment qu’on peut pas trouver ailleurs. L’orgasme c’est très bon pour la santé. Limite il faudrait le prescrire : faites bien l’amour, provoquez-vous des orgasmes régulièrement pour être heureux, vous libérer des tensions. Ça permet de se sentir bien dans sa peau, bien dans son corps. Prendre conscience de ce qui nous fait du bien, c’est aussi une chose que dans la société on a du mal à faire, parce qu’on veut appartenir à des groupes, du coup on se laisse pas forcément aller dans les choses qui nous font vraiment envie, on fait comme tout le monde, on n’écoute pas nos vrais désirs. Et dans le sexe il faut lâcher toute cette emprise sociétale, il faut se laisser aller, et kiffer. On est des kiffeurs, la vie sert à ça bordel. Si on n’est pas faits pour kiffer la vie, faut partir !



Sur quel aspect de toi tu veux te focus ces prochaines années ?

Ce que j’aimerais développer de moi, et je le fais aussi grâce à toi et je t’en remercie; c'est d’évoluer dans mon art, dans mon impact sur le monde. C'est ça qui a très très très fort envie de rayonner justement. Donc là je mets un maximum d’énergie dans mon travail, pour l’instant ça s’appelle NatouShop. J’ai le sentiment que dans mon travail créatif, je peux transmettre toutes les valeurs en lesquelles je crois : les valeurs humaines et écologiques. L’outil que j’ai c’est le vêtement, c’est le chemin que j’ai vers les autres personnes, c’est mon lien social principal. Et il faut que je l’utilise pour transmettre mes idées d’acceptation de soi, de dignité. Le vêtement, tout le monde en porte donc montrer aux gens comment les customiser, les transformer, comment changer leur impact sur le monde en changeant de consommation ou en leur apprenant à les faire de leurs propres mains.

J’aimerais aussi faire des conférences ou participer à des débats, autour du vêtement de seconde main, de l’upcycling, et d’une nouvelle forme de consommation. Puisque que là on est dans un état d’urgence écologique et humaine, et moi c’est là où je peux agir et donner aux gens des outils ou les inspirer à agir. Professionnellement parlant, mon objectif ça va être d’ouvrir une boutique-atelier où je puisse partager avec les autres des projets créatifs, les aider à coudre, raccommoder, libérer leur créativité, et s'ils ont déjà un projet, les aider à le mener à bien. Donc d’un côté il y a l’artiste en moi qui a besoin de s’exprimer (conférences, débats, expos etc), et de l’autre y’a l’artisan qui a besoin d’un lieu communautaire où partager avec les autres et envoyer sa vibe à toute berz’.


Merci Natacha <3


Photos d'Ophélie Longuepée

Make up by Victoria Sapet

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